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Les applications chrétiennes passent de « Priez plus » à « Calmez-vous »

De nouvelles ressources en lien avec la pleine conscience cherchent à aider les croyants à trouver du repos en Dieu.
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Les applications chrétiennes passent de « Priez plus » à « Calmez-vous »
Image: Tony Anderson / Getty Images

Rachael Reynolds est une épouse et mère de trois enfants très occupée qui, comme de nombreux parents, a soudainement dû gérer l’école à la maison pour ses enfants et faire face à toute l’anxiété liée à une pandémie.

À 34 ans, elle est également infirmière diplômée et travaille trois ou quatre nuits par semaine dans le service de maternité et d’accouchement d’un hôpital de l’État américain du Texas. S’est donc ajouté le stress de devoir particulièrement veiller à protéger ses patients et elle-même contre la propagation du coronavirus.

Lorsqu’elle a quelques instants à elle pendant que ses enfants font la sieste, ou lorsqu’elle essaie de s’endormir tandis que tout le monde commence une nouvelle journée, elle se retrouve à pianoter sur l’une des applications de méditation de son téléphone, comme Abide, qui se présente comme l’application de méditation chrétienne n° 1 pour « moins stresser et mieux dormir ».

« Je trouve que m’enraciner dans la Parole de Dieu, dans la vérité et les promesses qu’il m’offre là, est le plus efficace pour m’ancrer mentalement et spirituellement ».

Les applications de méditation et de pleine conscience ont connu un développement extraordinaire au cours de la dernière décennie, ce qui s’inscrit dans la tendance de l’année que l’App Store d’Apple relevait en 2018 : les applications de bien-être, en particulier celles axées sur la santé mentale.

En 2017, l’App Store désignait Calm, qui se présente comme l’application numéro 1 pour le sommeil, la méditation et la relaxation, comme application de l’année. En anglais, des applications chrétiennes de méditation comme Abide, Pray, One Minute Pause, Soultime, Soulspace et, pour les catholiques, Hallow, ont également fait leur apparition ces dernières années, ajoutant la prière et les Écritures au paysage numérique des voix douces et des sons de la nature. En français, c’est l’application Meditatio, lancée en 2021, qui se présente comme la « 1ère application de méditation chrétienne francophone ».

Plusieurs de ces applications chrétiennes ont enregistré des pics de recherche de méditations sur des sujets tels que l’anxiété durant la pandémie.

« C’est en quelque sorte une véritable explosion », déclare Bobby Gruenewald, pasteur et responsable de l’innovation à Life.Church, l’une des plus grandes méga-Églises des États-Unis.

« Nous savons parfaitement que les gens se tournent vers les Écritures lorsqu’ils sont dans des situations difficiles de toutes sortes […] Je pense qu’ils voient la Bible comme un lieu de stabilité, de vérité et de fondement qui les aide en quelque sorte à se recentrer. »

En 2020, la version anglaise de l’application biblique YouVersion, de Life.Church, a intégré une fonctionnalité intitulée YouVersion Rest adaptée notamment aux haut-parleurs intelligents, après avoir remarqué que les utilisateurs écoutaient les Écritures tard dans la nuit, rapporte Bobby Gruenewald. Cette fonction de l’application récite des passages réconfortants des Psaumes avec des voix masculines ou féminines sur un fond sonore tel que celui de vagues ou de gouttes de pluie.

Fin 2019, l’auteur et thérapeute John Eldredge lançait une application de méditation et de pleine conscience, One Minute Pause, pour accompagner son dernier livre Get Your Life Back: Everyday Practices for a World Gone Mad (« Retrouvez votre vie : pratiques quotidiennes pour un monde devenu fou »).

En tant que thérapeute, il dit avoir été troublé par la montée de l’anxiété et de la dépression qu’il a constatée avant même que la pandémie ne frappe.

Selon lui les gens sont en « surcharge d’empathie » face aux nouvelles de catastrophes à travers le monde. Les chrétiens, y compris Eldredge lui-même, ne font souvent pas l’expérience d’enracinement profond exprimé par les Psaumes.

« Je me suis laissé prendre au rythme de la vie, aux folies du jour, à trop de médias, trop de technologie, trop de connexions — et je rentrais le soir à la maison et me retrouvais complètement grillé. ». « En réalité, je suis une personne assez monastique. »

Eldredge raconte qu’il a commencé à pratiquer une pause d’une minute dans sa voiture à la fin de chaque journée de travail, prenant un moment pour se calmer, se centrer et remettre à Dieu tout ce qu’il ressentait.

Il a commencé à envisager de créer une application de méditation et de pleine conscience il y a des années. Les applications non-chrétiennes comme Calm étaient tout sauf cela, avec trop d’options, alors que, estime-t-il, « ce dont les gens ont besoin, c’est d’une expérience très simple d’ancrage en Christ », comme celle qu’il vivait dans sa voiture.

One Minute Pause propose une méditation d’une minute, ou « pause », deux fois par jour, lue par Eldredge sur un fond d’image de la nature et de musique apaisante.

Après avoir effectué un certain nombre de courtes pauses, les utilisateurs peuvent passer à des options plus longues de trois, cinq ou 10 minutes.

Eldredge n’aime pas l’expression « pleine conscience ».

Il préfère parler de l’attention que l’on porte à Dieu — ce que, selon lui, les chrétiens contemplatifs comme les antiques pères du désert ou Julienne de Norwich (bien connue par les anglophones pour sa formule All shall be well, « tout ira bien ») ont pratiqué pendant des siècles.

« C’est une ancienne pratique chrétienne, mais nous avons besoin d’aide pour y revenir, car notre attention a été morcelée », explique-t-il.

Abide existe depuis environ cinq ans, depuis que deux anciens employés chrétiens de Google ont décidé de quitter le géant de la technologie et d’utiliser plutôt leurs compétences « pour le royaume », selon Russ Jones, son producteur exécutif de contenu.

L’application a commencé plutôt comme Instagram, raconte Jones, invitant les utilisateurs à créer et à partager leurs propres prières. Mais elle a vraiment décollé une fois qu’elle a commencé à fournir elle-même ces prières. Aujourd’hui, 100 000 personnes en moyenne téléchargent Abide pour la première fois chaque mois depuis les magasins Apple et Android, rapporte-t-il.

Abide propose aux utilisateurs une méditation quotidienne et une bibliothèque de prières sur différents sujets, les plus populaires étant le souci et l’anxiété. Les utilisateurs peuvent choisir la durée de chaque méditation ainsi que les images et les sons qui l’accompagnent.

Pendant la pandémie, l’application a également ajouté un certain nombre de prières de guérison, y compris une prière de guérison du coronavirus de 12 minutes demandant à Dieu « que ceux qui ont le virus soient guéris, que sa propagation ralentisse et qu’il soit bientôt éradiqué. »

Mais une application ne remplace pas une Église, rappelle Russ Jones.

« Les gens doivent faire partie d’un organisme local », même s’ils ont pris l’habitude de se réunir à distance pour leur sécurité pendant la pandémie.

« Nous sommes cet endroit où les gens peuvent aller dans la nuit noire de l’âme à deux heures du matin quand le pasteur n’est pas disponible à l’Église, nous sommes ouverts. Nous sommes cet endroit où les gens peuvent se rendre tout en courant dans leur vie occupée, et être quand même dans les Écritures. »

Une autre application, Pray, a été lancée en 2017 avec l’ambition de devenir « la destination numérique pour la foi », selon son créateur Steve Gatena.

Depuis l’ajout de contenu par abonnement à l’application en 2019, comme des histoires pour le coucher basées sur les Écritures et des méditations bibliques, elle est devenue le service d’abonnement religieux à la croissance la plus rapide au monde, déclare-t-il.

Durant la pandémie, Pray a proposé ces méditations gratuitement, ainsi que du contenu pour les enfants qui ont fait l’école à la maison et d’autres services pour les Églises qui se sont retrouvées soudainement à se réunir en ligne. Et d’après son créateur, le nombre de minutes que les utilisateurs passent à écouter l’application et le nombre de nouveaux abonnés augmentent.

« Avec les niveaux de stress qui augmentent de jour en jour, nous pensons que tout le monde mérite d’avoir accès à des programmes qui aident à réduire l’anxiété ».

C’est l’un des avantages de la méditation, dit-il. Cela peut aider les utilisateurs à penser plus clairement, à mieux gérer les situations stressantes et, dans le cas de la méditation chrétienne, à réfléchir à la parole de Dieu.

Les méditations de Pray commencent toujours par les Écritures, dit Steve Gatena. Ensuite, elles emploient le cadre de prière fondé sur l’acrostiche ACTS, populaire en anglais : Adoration, Confession, Thanksgiving, Supplication (« Adoration, confession, remerciements, demande »).

Il est cependant conscient que le mot « méditation » peut faire sourciller les chrétiens.

Certains chrétiens évangéliques s’inquiètent du fait que des pratiques comme la méditation et la pleine conscience ne sont pas d’origine chrétienne, mais plutôt rattachées au nouvel âge ou au bouddhisme.

Certains bouddhistes critiquent également cet engouement pour les applications, note Sarah Shaw, conférencière à Oxford et spécialiste de l’histoire du bouddhisme, qui retrace l’histoire de la pleine conscience dans son livre Mindfulness: Where It Comes From and What It Means (« La pleine conscience : d’où vient-elle et que signifie-t-elle ? »).

Selon elle, la « nouvelle vague » de pleine conscience et de méditation provient du bouddhisme.

Jon Kabat-Zinn, qui a introduit l’idée de la pleine conscience en tant que thérapie, avait une expérience antérieure dans le bouddhisme, explique-t-elle. Et Andy Puddicombe, co-fondateur de Headspace et moine bouddhiste ordonné, a lancé cette application dans le but de faire profiter le grand public de la formation qu’il avait reçue.

Sarah Shaw considère cependant que la pleine conscience n’appartient à personne. De nombreuses religions intègrent divers aspects de la méditation et de la pleine conscience, même si cela ne se ressemble pas d’une tradition à l’autre ou si elles n’utilisent pas les mêmes mots pour les désigner.

Dans le christianisme, elle évoque Saint Augustin qui parlait du « recueillement dans la vie quotidienne et de la conscience de Dieu à chaque instant ».

Et il existe aussi un précédent biblique : elle cite le Psaume 8. Lorsque celui-ci, au verset 5, demande « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? », de nombreuses versions anglaises emploient l’adjectif mindful, dont dérive le terme mindfulness, traduit en français par « pleine conscience ».

En fait, l’idée a été introduite pour la première fois en anglais dans la Bible de Wycliffe au 14e siècle, déclare-t-elle.

À ses yeux, c’est une chose qui peut approfondir la pratique religieuse de n’importe qui. « Si vous êtes attentif à votre corps et à votre respiration, vous ne pouvez pas être inquiet en même temps. […] En devenant plus attentif à vous-même, vous devenez alors inévitablement plus attentif aux autres et conscient d’eux ».

« Je pense qu’il serait intéressant que les gens apprennent à trouver la paix et le bonheur en leur propre compagnie. Mon espoir est que cela pourrait réellement provoquer un renouveau spirituel. »

Rachael Reynolds a entendu les arguments d’autres chrétiens évangéliques selon lesquels la méditation est trop séculière ou empruntée aux religions orientales — certainement pas quelque chose qu’un chrétien devrait faire.

« Je trouve interpelant qu’il y ait encore des réticences de la part de ceux qui connaissent les Écritures, car cela apparaît tout au long des Psaumes. David dit : “Je médite ta parole jour et nuit” », rappelle-t-elle.

Par rapport aux générations précédentes, les milléniaux comme elle lui semblent « plus ouverts et désireux de voir comment la santé mentale et la santé émotionnelle sont réellement liées à notre être de manière holistique ».

« Je me réjouis vraiment que les gens entendent à présent que le Dieu qui nous a créés physiquement a également créé nos côtés spirituels, émotionnels et mentaux, et ceux-ci méritent d’être bien nourris et bien traités, tout comme nous le ferions avec une bonne alimentation et de l’exercice physique. »

L’infirmière a téléchargé l’application Abide en 2019 après avoir expérimenté la méditation et la lecture dirigée des Écritures lors d’une retraite à laquelle elle a participé avec son mari. Elle l’utilise plusieurs fois par semaine, et le passage du coronavirus a accentué sa pratique.

Elle aime particulièrement les méditations de l’application tirées des Écritures.

Pour elle, elles font le lien entre la santé physique, mentale et spirituelle. Comme d’autres applications de méditation, elles diminuent le stress qu’elle ressent, ralentissent ses pensées et l’aident à mieux dormir. Elles lui permettent également de rester centrée et ancrée dans les Écritures et dans ce qu’elle croit être la vérité sur Dieu.

« Pour moi, c’était important pour me garder ancrée dans la vérité de la parole de Dieu, et un moyen facile de le faire. Et j’ai trouvé que c’était vraiment, vraiment bénéfique. »

Traduit Par Valérie Dörrzapf

Mis à jour et édité en français par Léo Lehmann

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